Depuis plusieurs années, l'État et les collectivités locales investissent massivement pour équiper les établissements scolaires en outils numériques. Mais cette course à l'équipement se traduit-elle par une amélioration concrète des apprentissages des élèves ? Deux études d'impact récentes menées par la DEPP apportent des éléments de réponse contrastés, soulignant que la simple présence de technologie ne suffit pas.
Au collège, la tablette individuelle fait ses preuves
La première étude s'est penchée sur l'impact des dotations d'équipements mobiles au collège, dans le cadre du Plan numérique de 2015. Les résultats sont particulièrement éclairants. Les élèves qui ont bénéficié de tablettes individuelles (une par élève) tout au long du cycle 4 (de la 5ème à la 3ème) ont vu leurs résultats en mathématiques et en français progresser de manière significative.
L'effet est particulièrement marqué pour les élèves issus de milieux socio-économiques défavorisés. Pour eux, le gain représente entre 9 % et 25 % d'un écart-type de score, ce qui est loin d'être négligeable. Pour ces élèves, un effet positif a également été mesuré sur leurs compétences numériques. L'équipement individuel semble donc être un outil efficace pour réduire la fracture numérique et scolaire.
L'équipement partagé, un impact quasi nul
Le constat est radicalement différent pour les dotations sous forme de « classes mobiles », où un chariot de tablettes est partagé entre plusieurs classes. Dans ce cas de figure, l'impact sur les résultats scolaires et les compétences numériques des élèves est beaucoup plus faible, voire totalement nul. Par ailleurs, quel que soit le type d'équipement (individuel ou partagé), aucun effet n'a été observé sur les compétences dites sociocognitives, comme la créativité, la collaboration ou l'esprit critique.
À l'école primaire, un constat d'absence d'effet
La seconde étude a évalué les effets du même Plan numérique, mais à l'école élémentaire (CM1-CM2), où les dotations consistaient principalement en classes mobiles. Le résultat est sans appel : les chercheurs concluent à une « absence d'effet notable des dotations sur les performances des élèves bénéficiaires, à la fois en français et en mathématiques, à l'entrée au collège ».
Ce résultat, cohérent avec la recherche internationale, interroge sur la pertinence de ce type d'équipement à l'école primaire.
Pourquoi une telle différence ? Le rôle clé des enseignants
L'analyse des pratiques des enseignants permet de comprendre cet écart. À l'école élémentaire, les directeurs d'école comme les professeurs pointent du doigt le manque de formation et la quantité insuffisante d'équipements comme des freins majeurs. En pratique, la majorité des enseignants n'organisent que rarement des activités pédagogiques impliquant les outils numériques. Ces derniers sont davantage utilisés pour la communication ou l'organisation.
La conclusion est claire : la technologie n'est pas une solution miracle. Son efficacité dépend crucialement de la manière dont elle est déployée (équipement individuel plutôt que partagé) et, surtout, de la capacité des enseignants à se l'approprier et à l'intégrer dans leurs pratiques pédagogiques. Sans un accompagnement et une formation solides, les tablettes risquent de rester des gadgets coûteux plutôt que de devenir de véritables leviers d'apprentissage.
