L'essentiel
- Lors de l'annonce de la réforme fin 2023, plus d'un enseignant sur deux (55 %) était perçu par sa direction comme étant défavorable aux groupes de niveau.
- Après une année de mise en place, au printemps 2025, cette proportion a chuté à un enseignant sur trois (34 %).
- L'amélioration de la perception est en partie liée à la réduction des effectifs dans les groupes, qui a facilité les échanges et les pratiques pédagogiques.
- Des impacts négatifs persistent, notamment sur le rôle de professeur principal, jugé problématique par 74 % des chefs d'établissement.
- La collaboration entre enseignants au sein d'une même matière est perçue comme renforcée, en particulier en français.
D'une opposition massive à un avis plus partagé
Lors de son annonce en décembre 2023, la réforme des groupes de niveau a suscité une forte opposition dans le monde enseignant. Selon les chefs d'établissement interrogés, 58 % des professeurs de français et 51 % des professeurs de mathématiques de 6e et 5e étaient initialement défavorables à la mesure. Seuls 15 % y étaient favorables.
Un an plus tard, le paysage a nettement évolué. Au printemps 2025, la part des enseignants perçus comme défavorables est tombée à 34 %. Si l'opposition reste présente, elle n'est plus majoritaire. Désormais, les avis semblent se répartir en trois tiers quasi-égaux : un tiers d'enseignants reste défavorable, un tiers a un avis partagé ou neutre, et un tiers est devenu favorable à la réforme. Cette amélioration du jugement est constatée dans tous les types d'établissements, mais elle est particulièrement marquée dans ceux qui ont mis en place des groupes hétérogènes, où l'adhésion était la plus faible au départ.
Pourquoi ce changement d'avis ?
Le principal facteur d'explication de cette évolution positive est la réduction de la taille des groupes. Grâce aux moyens supplémentaires alloués, de nombreux enseignants ont pu travailler avec des effectifs réduits. D'après les commentaires recueillis dans l'étude, cette condition de travail améliorée a été très appréciée. Elle a permis de favoriser les échanges avec les élèves, de mieux accompagner ceux en difficulté et de mettre en place de nouvelles pratiques pédagogiques.
Un autre effet positif perçu est le renforcement de la collaboration au sein des équipes pédagogiques. La nécessité de répartir les élèves et de coordonner les progressions a obligé les professeurs d'une même matière à travailler davantage ensemble. Ce phénomène est particulièrement net en français, où la proportion de coordonnateurs déclarant une progression commune pour un même niveau a doublé, passant de 38 % à 76 % en un an.
Quels sont les points noirs qui demeurent ?
Malgré une perception globale en amélioration, la mise en place des groupes a engendré de nouvelles difficultés d'organisation qui pèsent sur le quotidien des équipes.
Le point le plus critiqué concerne le rôle du professeur principal. Pour 74 % des chefs d'établissement, la réforme a eu un impact négatif sur cette fonction essentielle au suivi des élèves. Les enseignants, notamment de français et de mathématiques, n'enseignent plus forcément à tous les élèves de la classe dont ils sont le référent, ce qui complique leur mission de suivi et de coordination.
L'organisation des conseils de classe est également devenue plus complexe pour 57 % des directions. Les professeurs doivent souvent jongler entre plusieurs conseils pour suivre les élèves de leurs différents groupes, ce qui représente une charge de travail supplémentaire et rend le suivi individuel plus difficile.
Enfin, la communication entre collègues de différentes matières et la mise en place de projets interdisciplinaires sont perçues comme plus compliquées par plus de 40 % des chefs d'établissement. La nouvelle organisation, centrée sur le français et les mathématiques, a rendu plus difficile la coordination pour les sorties scolaires ou les projets transversaux.






