Le numérique est partout dans nos vies, mais son intégration dans les salles de classe françaises reste un défi majeur. Une récente synthèse de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) dresse un portrait en demi-teinte du numérique éducatif, marqué par de fortes disparités d'équipement et un sentiment de manque de préparation chez les enseignants.
Un fossé d'équipement entre le primaire et le secondaire
Le premier constat est sans appel : un véritable fossé numérique sépare les écoles primaires des établissements du second degré. En 2024, on compte en moyenne 54 terminaux (fixes ou mobiles) pour 100 élèves au collège et au lycée, contre seulement 14 pour 100 élèves en maternelle et élémentaire. L'écart est donc de un à quatre.
Cette différence se retrouve dans les outils de vidéoprojection, devenus courants pour animer les cours : on en dénombre 7 pour 100 élèves dans le second degré, contre 4 dans le premier degré. Ces chiffres illustrent une fracture matérielle qui conditionne fortement les possibilités d'usages pédagogiques du numérique dès le plus jeune âge.
Des enseignants en manque de formation et de confiance
Au-delà du matériel, la question des compétences et de la confiance des enseignants est centrale. Et là encore, les données sont préoccupantes. Seuls 14 % des professeurs des écoles et 26 % des enseignants de collège estiment que leur formation initiale les a suffisamment préparés à utiliser le numérique pour l'enseignement. Ces taux sont parmi les plus bas au niveau international.
Ce manque de préparation se traduit par un certain scepticisme. Seuls quatre enseignants sur dix, que ce soit en primaire ou au collège, considèrent que le numérique contribue à améliorer les résultats scolaires. Ils sont cependant plus nombreux à y voir un levier pour susciter l'intérêt des élèves.
Des pratiques pédagogiques à la traîne de l'Europe
Conséquence directe de ce manque de formation et de confiance, les pratiques pédagogiques numériques en France sont à la peine par rapport à nos voisins européens. L'enquête internationale Talis 2024 révèle que la France occupe les derniers rangs pour la plupart des usages du numérique en classe.
Par exemple, l'utilisation d'outils pour soutenir la collaboration entre élèves ou pour offrir des parcours d'apprentissage personnalisés est très peu fréquente. La seule exception notable concerne l'usage du numérique pour les aspects logistiques de l'enseignement (faire l'appel, noter, communiquer avec les parents), où la France se situe dans la moyenne européenne.
L'intelligence artificielle, grande absente des salles de classe
Alors que l'intelligence artificielle (IA) bouleverse de nombreux secteurs, l'école française semble encore loin de s'en emparer. En 2024, seuls 14 % des professeurs (collège et élémentaire confondus) déclarent y avoir eu recours, soit le taux le plus faible des comparaisons internationales.
Les raisons invoquées sont multiples : un manque de connaissances et de compétences, la conviction que l'IA ne devrait pas être utilisée pour l'enseignement, mais aussi le manque d'infrastructures adaptées. En effet, la moitié des enseignants de collège et près des deux tiers (64 %) de ceux de l'élémentaire jugent que leur établissement n'est pas suffisamment équipé pour utiliser l'IA. Le chemin vers une intégration réussie du numérique à l'école passe donc non seulement par l'achat de matériel, mais surtout par un investissement massif dans la formation et l'accompagnement des enseignants.
