Dis-moi dans quel collège tu étudies, et je te dirai tes résultats. La caricature est à peine forcée à la lecture du dernier rapport de la DEPP sur les évaluations nationales de 2025. Plus que jamais, l'origine sociale des élèves et le profil de leur établissement scolaire apparaissent comme des facteurs déterminants de la performance en français et en mathématiques.
L'éducation prioritaire, un fossé persistant
Les collèges classés en éducation prioritaire (REP et REP+), situés dans les zones les plus en difficulté, concentrent les élèves les plus fragiles. Les écarts de scores moyens avec les établissements du secteur public classique (hors EP) sont massifs.
En sixième, un élève de REP a en moyenne un score inférieur de 20 points en français et de 22 points en mathématiques. Pour un élève de REP+ (réseau renforcé), le fossé se creuse à 33 points en français et 35 points en mathématiques. Ces écarts sont encore plus marqués en quatrième, atteignant 34 à 36 points de différence pour les élèves de REP+.
Ces points se traduisent par une surreprésentation des élèves en difficulté. Par exemple, en sixième, la proportion d'élèves dans les groupes les moins performants en mathématiques est supérieure de 29,2 points en REP+ par rapport au secteur public hors EP.
L'IPS, un thermomètre des inégalités sociales
Pour affiner l'analyse, le ministère utilise l'Indice de Position Sociale (IPS), qui reflète le milieu social moyen des familles d'un établissement. Les résultats sont sans appel : plus l'IPS d'un collège est élevé, meilleurs sont les résultats de ses élèves.
L'écart de score moyen entre les 20 % de collèges les plus favorisés socialement et les 20 % les moins favorisés est colossal :
- En sixième : 47 points en français et 49 points en mathématiques.
- En quatrième : 49 points en français et 50 points en mathématiques.
Pour se faire une idée, dans les collèges les moins favorisés, plus de la moitié des élèves de quatrième (55,6 %) font partie des groupes les plus en difficulté en français. Dans les collèges les plus favorisés, ils ne sont que 18,2 %.
Fait notable, entre 2017 et 2025, le score moyen en sixième a progressé dans tous les types de collèges, mais la hausse la plus forte a été observée... dans les établissements privés et les collèges les plus favorisés. Les inégalités de départ ne se réduisent donc pas.
Le paradoxe rural-urbain
Le rapport révèle une tendance plus surprenante : pour les établissements au profil social intermédiaire, les élèves des zones rurales obtiennent de meilleurs résultats que ceux des zones urbaines. En sixième, pour des collèges au profil social comparable, l'écart en mathématiques peut atteindre 10 points en faveur d'un établissement « rural éloigné » par rapport à un établissement « urbain très dense ».
Cependant, ce constat s'inverse aux extrêmes. Pour les établissements les plus favorisés comme les plus défavorisés, les élèves des communes urbaines s'en sortent mieux. Le ministère appelle toutefois à la prudence sur ce point, le nombre d'élèves dans des collèges très favorisés en milieu rural étant très faible.
