L'enquête 2025 sur le harcèlement scolaire révèle une fracture profonde au sein même du lycée. Si la prévalence globale y est la plus faible de toute la scolarité (2 %), cette moyenne cache une situation d'urgence dans les filières professionnelles courtes.
Des chiffres alarmants en CAP
Le constat du rapport de la DEPP est sans appel : les élèves scolarisés en CAP sont massivement plus touchés par le harcèlement que leurs camarades.
- En deuxième et troisième année de CAP, pas moins de 9 % des élèves déclarent une situation de harcèlement.
Pour mettre ce chiffre en perspective, il faut le comparer aux taux observés dans les autres filières au même moment : 1 % en classe de première et 3 % en terminale générale et technologique. Le rapport souligne ainsi que le taux de harcèlement chez les élèves de CAP en fin de cursus est « jusqu'à huit fois plus élevé » que celui des autres lycéens.
La première année, un sas de vulnérabilité
Le problème ne se limite pas aux dernières années du cursus. Dès l'entrée dans la filière, le risque est nettement plus élevé. En première année de CAP, 4 % des élèves sont déjà en situation de harcèlement. C'est le double de la moyenne de l'ensemble des lycéens (2 %).
Cette surexposition dès le début du parcours suggère que ces élèves entrent dans un environnement scolaire où les dynamiques de groupe et le climat général sont particulièrement propices aux situations de harcèlement.
Le facteur urbain, un risque cumulatif ?
L'enquête apporte un autre élément d'analyse qui pourrait concerner particulièrement ces élèves. Elle note que « les lycéens et écoliers des milieux urbains sont proportionnellement un peu plus nombreux à vivre des situations de harcèlement ». Au lycée, être scolarisé en milieu urbain ajoute ainsi deux points de pourcentage au risque de harcèlement.
Bien que le rapport ne fasse pas de lien direct, on peut noter que de nombreux lycées professionnels sont implantés dans des zones urbaines denses. Ce facteur géographique pourrait donc s'ajouter aux vulnérabilités spécifiques de la filière.
Ces données pointent vers un véritable angle mort des politiques de prévention. Elles interrogent sur les moyens spécifiques mis en œuvre pour protéger ces élèves et pour agir sur le climat scolaire au sein des lycées professionnels, où le bien-être d'une partie de la jeunesse semble gravement compromis.
