L'essentiel
- Les nouvelles organisations en groupes en 5e n'ont eu aucun effet statistiquement significatif sur les performances des élèves en français et en mathématiques.
- Les élèves de la première cohorte concernée par la réforme ne réussissent ni mieux ni moins bien que les élèves de la cohorte précédente aux évaluations nationales de début de 4e.
- L'absence d'effet est constatée quel que soit le type de regroupement adopté par le collège, qu'il s'agisse de groupes hétérogènes ou de groupes basés sur le profil scolaire.
- L'étude n'a pas non plus trouvé d'effets différenciés significatifs selon le niveau scolaire initial des élèves ou selon leur sexe.
- Ces premiers résultats rejoignent les conclusions de la littérature scientifique internationale, qui montre généralement une absence d'effet moyen des groupes de niveau sur les performances scolaires.
Comment l'efficacité a-t-elle été mesurée ?
Pour évaluer l'impact de la réforme, les chercheurs ont utilisé une méthode statistique rigoureuse comparant les résultats scolaires des élèves avant et après sa mise en place. L'étude repose principalement sur les scores obtenus aux évaluations nationales de début de quatrième, passées en septembre 2025 par les premiers élèves ayant suivi une année de cinquième en groupes.
Deux approches ont été combinées pour isoler l'effet propre de la réforme :
- La comparaison entre cohortes : les résultats des élèves de la cohorte 2024-2025 (concernée par la réforme en 5e) ont été comparés à ceux des cohortes précédentes, qui n'avaient pas connu ce dispositif. Cela permet de voir si la réforme a créé une rupture dans les tendances observées.
- Le suivi d'une même cohorte : les chercheurs ont aussi analysé la trajectoire scolaire d'une même cohorte d'élèves depuis le CP jusqu'à la 4e, pour comparer la progression de ceux qui ont été scolarisés dans un collège avec groupes à celle de ceux scolarisés dans un collège sans groupes.
Cette double approche permet de s'assurer que les résultats ne sont pas dus à d'autres facteurs, comme des différences de niveau préexistantes entre les élèves ou les établissements.
Quels sont les résultats détaillés ?
L'analyse des données est sans appel : les nouvelles organisations pédagogiques mises en place en 5e à la rentrée 2024 n'ont pas eu d'effet significatif sur les scores des élèves en français et en mathématiques. Les variations de résultats observées entre les élèves concernés par la réforme et ceux de l'année précédente sont faibles et similaires aux variations moyennes observées entre les cohortes avant même la mise en œuvre du dispositif.
Ce constat se vérifie quelles que soient les situations :
- Aucun type de groupe ne se démarque : que les collèges aient mis en place des groupes hétérogènes (mélangeant les niveaux) ou des regroupements fondés sur le profil scolaire des élèves (groupes de niveau, de besoins), aucun effet positif ou négatif n'a été détecté sur les performances moyennes.
- Aucun profil d'élève ne semble plus en bénéficier : l'étude s'est penchée sur d'éventuels effets différenciés. Elle n'a trouvé aucune différence significative que ce soit pour les élèves les plus en difficulté, les plus à l'aise, les filles ou les garçons.
En somme, la première année d'expérimentation de la réforme en classe de 5e n'a, en moyenne, ni amélioré ni détérioré les acquis des élèves tels que mesurés par les évaluations nationales.
Faut-il en tirer des conclusions définitives ?
Les auteurs du rapport invitent à interpréter ces premiers résultats avec prudence. Plusieurs éléments limitent leur portée :
- Une seule année d'exposition : l'étude ne porte que sur des élèves ayant été exposés à la réforme pendant une seule année scolaire, en classe de 5e. Les effets d'une politique éducative sont souvent plus marqués lorsque l'exposition est plus longue. Les résultats pourraient être différents pour les élèves qui auront connu les groupes pendant deux ans, en 6e et en 5e.
- Une mise en place hétérogène : la première année a été marquée par de fortes incertitudes et des pratiques très variables d'un collège à l'autre. L'absence d'effet moyen pourrait masquer des effets locaux, positifs ou négatifs, liés à des modalités de mise en œuvre spécifiques.
- Un focus sur les apprentissages : l'évaluation se concentre sur les résultats aux évaluations. Elle ne mesure pas d'éventuels effets sur d'autres dimensions, comme la confiance en soi, la motivation ou le bien-être des élèves.
Le prolongement de l'évaluation sur une deuxième année permettra d'affiner et de consolider ces premières estimations.






