L'essentiel
- À la rentrée 2024, 95 % des collèges publics ont mis en place une nouvelle organisation en français et mathématiques pour les classes de 6e et 5e.
- Un collège sur deux (50 %) a formé des groupes en fonction du profil scolaire des élèves (groupes de niveau, de besoins, etc.).
- À l'inverse, un collège sur cinq (21 %) a maintenu des groupes hétérogènes, où les élèves de tous niveaux sont mélangés.
- Près d'un quart des établissements (23 %) a combiné plusieurs types de regroupements selon les matières ou les niveaux de classe.
- Dans la pratique, ces organisations se sont révélées peu flexibles, avec de rares changements de groupe ou retours en classe entière au cours de l'année scolaire.
Une réforme massivement appliquée, mais diversement
La réforme des groupes en 6e et 5e, annoncée dans le cadre du « Choc des savoirs », a été très largement déployée dès sa première année. Selon l'enquête menée par le service statistique du ministère de l'Éducation nationale, 95 % des collèges publics ont modifié leur organisation des enseignements de français et de mathématiques à la rentrée 2024. Seuls 5 % des établissements n'ont déclaré aucune forme de regroupement.
Cependant, derrière cette application quasi générale se cache une grande diversité de pratiques. Les collèges n'ont pas tous opté pour des « groupes de niveau » au sens strict. On distingue principalement trois grandes approches :
- Les groupes selon le profil scolaire (50 % des collèges) : il s'agit de l'organisation la plus fréquente, où les élèves sont répartis en fonction de leurs compétences. Cette catégorie recouvre elle-même plusieurs réalités : des groupes homogènes (19 %), des groupes ciblant spécifiquement les élèves en difficulté (15 %), ou encore des groupes basés sur une compétence particulière (7 %).
- Les groupes hétérogènes (21 % des collèges) : plus d'un établissement sur cinq a fait le choix de conserver des groupes où les élèves de tous niveaux sont mélangés. Cette organisation maintient la diversité des profils au sein de la classe.
- Les organisations multiples (23 % des collèges) : près d'un quart des établissements a choisi de ne pas appliquer un modèle unique, en combinant différentes formes de regroupements selon les disciplines (français ou mathématiques) ou les niveaux (6e ou 5e).
Dans trois établissements sur dix, les élèves sont restés dans les mêmes groupes pour le français et les mathématiques, ce qui se rapproche d'une logique de classes de niveau.
Les groupes sont-ils vraiment flexibles ?
L'un des principes de la réforme était la flexibilité, avec la possibilité pour un élève de changer de groupe en cours d'année en fonction de sa progression. Dans les faits, cette flexibilité a été limitée lors de la première année de mise en œuvre.
Le rapport montre que les changements de groupes ont été rares. Selon les niveaux et les disciplines, entre 20 % et 25 % seulement des établissements ont réalisé au moins un changement de groupe. Et lorsque des changements ont eu lieu, ils sont restés marginaux dans 44 % des cas. La majorité des élèves a donc passé l'année dans le même groupe.
De même, les « retours en classe de référence », qui devaient permettre de rassembler tous les élèves d'une même classe d'origine pendant quelques semaines, ont été peu fréquents : seuls 30 % des établissements y ont eu recours en 6e, et 25 % en 5e. Pour les établissements qui les ont pratiqués, ces retours ont toutefois pu être un levier pour réévaluer les besoins des élèves et ajuster la composition des groupes.
Quels moyens ont été nécessaires ?
La mise en place de ces nouvelles organisations a représenté un effort important pour les collèges, qui ont dû mobiliser des moyens supplémentaires. Sept établissements sur dix ayant instauré des groupes ont déclaré avoir reçu des heures supplémentaires dans leur dotation, à hauteur de 13 heures par semaine en moyenne.
Ces moyens ont principalement servi à réduire la taille des groupes. Neuf chefs d'établissement sur dix indiquent que les regroupements ont permis une réduction des effectifs par rapport aux classes de référence. Cependant, cette baisse n'a été dirigée exclusivement vers les élèves les plus en difficulté que dans un établissement sur deux.
Cet investissement s'est parfois fait au détriment d'autres dispositifs. Pour financer les groupes, 64 % des chefs d'établissement déclarent avoir supprimé des heures dédiées à l'accompagnement personnalisé, et 50 % ont supprimé des demi-groupes en sciences et technologie.






