L'évaluation de la tenue commune à l'école, menée par la DEPP et le cabinet FORS-Recherche Sociale, met en lumière un « décalage récurrent » entre les attentes des adultes et le vécu des élèves. Les données, quantitatives comme qualitatives, dessinent deux visions presque opposées de la même mesure.
Pour les adultes, un symbole fort et positif
Les adultes (équipes éducatives, parents, représentants des collectivités) sont les principaux partisans de la tenue commune. Ils y projettent des valeurs de cohésion, d'ordre et de fierté. Selon l'étude qualitative, la tenue agit pour eux comme un « symbole visuel et institutionnel de cohésion, contribuant à revaloriser l'image de l'école publique ».
Les parents, en particulier ceux de collégiens, se montrent très favorables. Au moment de l'annonce, 65 % des parents de collégiens étaient « d'accord avec l'idée ». Ils y voient une simplification du quotidien et une promesse d'égalité. Après un an, 50 % des parents de collégiens associent la tenue à une image d'école « plus cadrée » et « plus sérieuse ».
Les directeurs partagent cette vision. Pour eux, la tenue est un levier pour améliorer le climat scolaire et renforcer le sentiment d'appartenance. Ils sont d'ailleurs une très large majorité à vouloir poursuivre l'expérimentation.
Pour les élèves, une contrainte mal vécue
Le son de cloche est radicalement différent chez les premiers concernés. L'annonce de la mesure a été très mal accueillie, notamment au collège où 61 % des élèves se déclaraient « contre ». Après un an, le rejet persiste : la tenue est « globalement peu appréciée des élèves ».
Les chiffres de l'enquête qualitative sont éloquents :
- Au collège, 63 % des élèves disent « ne pas se sentir bien » dans leur tenue et 62 % estiment qu'elle n'est « pas adaptée à leur vie de collégien ».
- À l'école primaire, le rejet est moins massif mais réel : 57 % des écoliers déclarent ne pas aimer porter la tenue (« je déteste » ou « je n'aime pas trop »).
Les élèves vivent la tenue comme une perte d'individualité et une contrainte injuste. Des verbatims cités dans le rapport sont sans appel : « On n'est plus Laura, Céline, etc. On est des clones », « Avec la tenue unique, on ne se sent pas "nous", c'est comme si on avait perdu le peu de personnalité qu'on a déjà. »
Des relations sociales peu changées, un rapport à l'autorité plus tendu
Les élèves ne constatent pas les effets positifs espérés par les adultes. Pour 38 % des collégiens, la tenue n'a « rien changé » aux relations entre élèves. Ils sont plus nombreux à pointer la persistance des exclusions (17 %) qu'à noter une amélioration des comparaisons vestimentaires (14 %).
Plus inquiétant, la mesure semble avoir durci les relations avec l'encadrement. 62 % des collégiens estiment que « les adultes du collège sont plus stricts avec nous » depuis l'instauration de la tenue. Elle devient, selon le rapport, un « nouveau terrain de transgression » et une source de tensions et de sanctions supplémentaires, loin de l'objectif d'apaisement du climat scolaire.
